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Knowledge management: Une démarche stratégique pour l'entreprise - El Hail Badr, Professeur à l’ESI

Badr El HailDepuis l’existence de l’humanité, le savoir est transmis de génération en génération. Actuellement, ce qui est nouveau, c’est que cette transmission est devenue une partie quasi intégrée dans la stratégie des entreprises ; elle est systématisée et rendue possible à une grande échelle notamment grâce aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Le savoir est donc devenu le moteur de développement des organisations, d’où le développement de nouvelles théories et approches relatives aux connaissances telles que le Knowledge Management, qui permet d’identifier, d’analyser, d’organiser, de stocker et de fournir les connaissances nécessaires aux collaborateurs d’une organisation. Le point avec El Hail Badr, professeur à l’Ecole des Sciences de l’Information et Bahji Salah Eddine, chef de Division du Système d’Information au Conseil National des Droits de l’Homme.

Le Matin Emploi : Pourriez-vous nous définir le concept de Knowledge management ou gestion du savoir ? Existe-t-il un lien entre le KM et le transfert des connaissances ?
Le KM est la gestion explicite et systématique des connaissances vitales ainsi que les processus qui lui sont associés dans le but d’atteindre les objectifs de l’organisation en se focalisant particulièrement sur la question de transfert des connaissances. Notons que les origines de la littérature sur le KM remontent aux années 60, lorsque Peter Drucker avait évoqué la notion des « Knowledge Workers ». 

Quels sont les types de connaissances pris en compte dans le KM ?
Les grands théoriciens du KM ont identifié deux types de connaissances. Les connaissances tacites (non formalisées) et les connaissances explicites (formalisées). Ce qui est important à signaler à ce niveau, est que le KM s’intéresse plus particulièrement aux processus de passage de l’implicite à l’explicite et vice versa. L’objectif étant non seulement d’isoler le tacite de l’explicite, mais d’assurer le transfert et le partage des connaissances.

Quels sont les liens et les différences qui existent entre les techniques Knowledge Management, management collaboratif et management de contenu ?
Par définition le KM implique directement une culture basée sur le partage des expériences et des idées, un type de management collaboratif et intégré et une exploitation optimale des outils technologiques au profit d’un meilleur traitement, accès et circulation de l’information. Ainsi, le management collaboratif et le management de contenu assurent respectivement la mise en synergie des différentes expériences des collaborateurs dans une logique d’interfécondité de la diversité et un suivi efficace de la production informationnelle formalisée, documentaire, dans la perspective de capitaliser et valoriser la mémoire de l’entreprise.

Quels sont, d’après vous, les champs d’application et les objectifs visés par cette démarche ?
Le choix de s’engager dans une démarche KM est une décision à caractère stratégique impliquant l’ensemble des acteurs de l’entreprise et à tous les niveaux de l’organisation. L’objectif étant de catalyser et cadrer un processus de friction productive et de circularité créatrice générateur d’idées et pratiques innovatrices dans un effort perpétuellement inachevé de recherche de la performance.

Pensez-vous que l’intégration du Knowledge management en entreprise peut être une révolution dans le domaine des RH ? Pourriez-vous nous donner plus d’explications ?
Effectivement, l’approche KM est avant toute chose une reconnaissance de l’Homme comme ressource créatrice de valeur et un positionnement de la ressource humaine au centre de perspective du management. De fait, l’intégration de cette approche invite au dépassement de la vision gestionnaire classique du personnel, du moment qu’il faudrait gérer les RH de telle sorte à leur offrir un environnement favorable au partage et à l’apprentissage et, par-là même, propice à l’innovation.

Quels sont le contexte et les conditions pré-requises pour réussir la mise en application du Knowledge management en organisation ?
Le vrai prérequis pour réussir une démarche KM, c’est la volonté responsable de l’entreprise (comme ensemble uni) de se réinventer dans un climat de confiance et de reconnaissance de la valeur des capacités innovatrices des RH. D’abord, du côté du top management qui doit être convaincu que la vraie source de valeur réside dans les RH qui détiennent et pérennisent  la mémoire de l’entreprise. De l’autre côté, tous les acteurs de l’entreprise doivent adhérer à cette vision et concourir quotidiennement à sa réalisation.

Pourriez-vous nous exposer les avantages, les inconvénients et les limites du Knowledge management ?
Le KM intervient comme approche permettant de capitaliser et valoriser les connaissances et les expériences de tous les travailleurs au sein de l’entreprise dans le but de toujours trouver « the one best way » et dans la perspective de stimuler les capacités innovatrices. Dès lors, ce questionnement prendrait tout son sens si on le met en rapport avec le manque à gagner en adoptant une approche KM dans une organisation. Ceci étant, la réussite d’une telle démarche dépend entièrement de l’engagement et de la participation de tous les acteurs de l’entreprise et à tous les niveaux de telle sorte à instaurer une culture organisationnelle qui permet  d’éliminer les réflexes d’isolement et de rétention de l’information et de dynamiser les processus de production des innovations.
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Ouvrage
Le Manuel du Knowledge management est un ouvrage qui s’adresse aux managers, dirigeants et à toute personne ayant compris que la compétitivité de l’entreprise actuelle, est le résultat du développement des hommes et de leurs connaissances. Jean Yves Prax, présente dans la première partie de son livre, le Knowledge Management tel un nouvel enjeu pour les organisations. Quand à la deuxième partie, l’auteur expose les méthodes, outils, conduites du changement, illustrés par de nombreux cas pour piloter cette démarche concrètement.

Publié le : 21 Octobre 2012 - Propos recueillis par Mohamed Bouhriz, LE MATIN